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THE
HOLLYWOOD BLUE FLAMES "ROAD TO RIO"
Source: Musiczine.net
Date: 08/2006
Writer: Jean-Claude
Mondo |
Delta
Groove est un label californien. Il est sans aucun
doute un des plus actifs et dynamiques dans l’univers
du blues, aujourd’hui. Croisons donc les
doigts afin qu’il poursuive cette route
le plus longtemps possible et que son boss, Randy
Chortkoff, puisse continuer sa mission au service
du blues. Et il est fier de ses choix, l'ami Randy!
Et en particulier celui d’avoir signé
les Hollywood Blue Flames. Qui viennent de commettre
un nouvel opus ou plus exactement un double album.
C'est-à-dire "Road to Rio" accompagné
d’un 2ème elpee. Baptisé "Larger
than life", ce dernier réunit des
enregistrements ‘live’ inédits
issus de leur première incarnation sous
le patronyme de Hollywood Fats Band. Cette œuvre
est également un pari, car ces musiciens
militent également hors du cadre des H.B.F.
et ne peuvent raisonnablement reproduire cette
expérience sur les planches. Mais, l'important,
c'est le blues, c'est le feeling, c'est le plaisir
d'entendre ces musiciens qui véhiculent
leur flamme musicale. Vous avez tout à
fait raison, Mr Chortkoff! Qui sont donc les Blue
Flames actuels? Les anciens, le chanteur harmoniciste
Al Blake, le pianiste Fred Kaplan, le bassiste
Larry Taylor et le batteur Richard Innes ainsi
que le jeune guitariste noir, Kirk "Eli"
Fletcher. En 2005, "Soul sanctuary"
était déjà paru chez Delta
Groove. Ce nouvel opus, "Road to Cairo",
est le fruit de plusieurs séances d'enregistrements
opérées entre 1996 et février
2006.
Le
titre maître ouvre la plaque. Fred Kaplan
se réserve l'orgue Hammond. La guitare
de Fletcher est bien amplifiée. Al Blake
chante cette plage nerveuse, très contemporaine.
Kirk ne tient guère en place et ne peut
attendre bien longtemps avant d'éclater
dans un solo détonant. "Everyboy's
blues" baigne au sein d’un blues
de bonne facture. Faut dire qu’il est
interprété par des serviteurs
qui ont tellement d’années d’expérience.
Al Blake assure les vocaux. Le tempo imprimé
par Innes prend une coloration très John
Lee Hooker ; une tonalité renforcée
par le travail rythmique de Fletcher et le piano
de Kaplan. "Coffee grindin' man" macère
dans le Chicago Blues. Celui de la grande époque
des 50s : très Southside. Le piano est
passé à l'avant-plan. Al se met
à souffler comme Sonny Boy II. Que du
bonheur! Et on retrouve cette même ambiance
tout au long de "Long black Cadillac".
De nouveau plus contemporain, "Steady rollin'
est hydraté par l’orgue. Les cordes
sont généreuses. S’appuyant
sur une rythmique chère à Billy
Boy Arnold, la sensibilité de l'harmonica
est, pour la circonstance, bien plus proche
de Little Walter. Instrumental, "Gumbo
grinder" date de plus de 10 ans. Interprété
sous la forme d’un trio, il implique Fred,
Richard et Larry ; un vrai gumbo louisianais
qui sonne très New Orleans et flirte
avec le boogie woogie. Al Blake chante "Gona
away" en s’accompagnant à
la guitare acoustique ; un blues envoûtant
au cours duquel, son célèbre ami,
Kim Wilson, souffle passionnément dans
son harmonica. Autre instrumental, "3rd
degree burn" met en exergue toute la verve
et l'inventivité du guitariste Eli Fletcher,
véritablement impressionnant dans son
style. Al Blake s’inspire manifestement
de Howlin’ Wolf pour attaquer "Let's
rock a while". La rythmique est efficace.
Al double la guitare et l'harmo. Tout le talent
de Blake à l’harmonica éclate
sur " Dr Black's boogie", un troisième
instrumental brillant, puissant, au cours duquel
on ne peut s’empêcher de penser
à Little Walter, Junior Wells ou encore
James Cotton. Chatoyant, le "Sharpest man
in town" de LC McKinley implique Tom Fabre
au sax ténor. Cet elpee bénéficie
encore de trois bonus tracks rehaussés
par la présence de Junior Watson. Ce
génie des cordes a souvent été
à leurs côtés. Il était
probablement le seul à pouvoir rivaliser
avec Hollywood Fats. Son talent, sa technique,
sa puissance et sa présence. Sa collaboration
est prodigieuse tout au long de "Junior's
boogie rocket". Et on le retrouve, bien
sûr, lors de l’adaptation du "Let
me love you" de Willie Dixon et le "Honeydripper"
de Roosevelt Dykes.
Le
deuxième cd s’ouvre par "Fats
fries one". Le changement n'est pas radical
mais le son est différent. Un démarrage
extraordinaire ! Hollywood Fats est au sommet
de son art. Sa technique et sa vitesse d'exécution
sont absolument déroutantes. Mais cette
plage est un véritable mystère
: pas de date ni de lieu d’enregistrement.
Pas de renseignements relatifs aux musiciens
en présence. Une chose est sûre
: c'est bien ce diable de Fats qui est aux cordes!
"Nasty boogie woogie" est une bien
curieuse plage. Fred Kaplan tire son épingle
du jeu au piano. Il est soutenu par Larry Taylor
à la basse et John Boudreaux aux drums
; mais c'est Hollywood Fats qui chante ou plutôt
présente et shoute d'une voix bien chaude.
La reprise du célèbre "Sidetracked"
de Freddie King a été enregistrée
sur une cassette portable au Belly Up Tavern.
En 1980. Le son est loin d’être
hi fi ; mais les instrumentistes affichent ici
une classe incomparable. Deux plages ont été
immortalisées lors de l’édition
1979 du Monterey Jazz Festival. En backing band
du shouter saxophoniste, Eddie ‘Cleanhead’
Vinson : "Kidney stew blues" et "Cleanhead
blues". Deux superbes fragments au cours
desquels les parties de saxophone et de guitare
valent le détour. Toutes les dernières
plages ont été immortalisées
au White House de Laguna Beach. En 1980. Un
concert exceptionnel qu’il aurait fallu
ne manquer sous aucun prétexte. Le niveau
musical flotte au-dessus de la norme. La version
de "Shake rattle and roll" est de
la pure dynamite. L’explosivité
du guitariste fait des ravages. Fred Kaplan
se déchaîne sur son vieux piano.
Une plage qui vaut à elle seule l'achat
de ce double album! Et je le répète
une nouvelle fois, si le son n'est pas parfait,
la prestation des musiciens nous entraîne
dans un autre univers. Al Blake se réserve
l'harmo pour exécuter le "This little
voice" de AC Reed. Un autre shouter fait
son entrée sur scène : Roy Brown.
Il chante "Love for sale", un slow
blues fiévreux et participatif, ainsi
que le jump blues "Boogie woogie blues",
caractérisé par la présence
d’une guitare qui refuse de rendre l'âme.
Ce superbe recueil s’achève par
"Motel time". Fats se consacre, pour
la dernière fois, aux vocaux. Un album
absolument indispensable. Mais également
un hommage vibrant à Michael Mann, alias
Hollywood Fats, qui nous a quittés, victime
d'une crise cardiaque, il y a tout juste vingt
ans… |
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